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Le 19. avril 2017 à 08h07

Ouest Var Société Var terre d'accueil

Loin des fantasmes et des récupérations politiques, nous avons souhaité faire le point sur l'accueil des migrants dans le Var. Rencontre avec les différents acteurs : le responsable de l'association Welcome en France dans le Var, un tuteur, une accueillante et des accueillis.

Taghreed dans son appartement à Six-Fours-les-plages avec sa famille.

Taghreed dans son appartement à Six-Fours-les-plages avec sa famille.

Les migrants dans le Var


En France, 75 000 demandes d'asile ont été effectuées l'année dernière et un tiers, soit 25 000, ont été acceptées, ce qui représente moins d'une personne par commune française. On est loin de l'invasion.

Les migrants arrivant actuellement dans le Var proviennent majoritairement d'Afrique Sub-Saharienne : Mali, Erythrée, Soudan, Nigéria, Niger et Guinée Conakry. Il en arrive moins du Proche et Moyen-Orient : Afghanistan, Irak, Yémen, Palestine et Syrie. « La France a mauvaise presse en Syrie », explique Jacques Perrier, président de Welcome en France dans le Var. Enfin, quelques uns proviennent des Balkans (Serbie, Albanie, Kosovo), d'Ukraine et d'Arménie.

Les portes d'entrée en Europe par le Maroc et l'Espagne ou par la Turquie et la Grèce ayant été fermées, il ne reste plus que l'entrée par l'Italie. Le périple des migrants dure huit mois en moyenne. Jacques Perrier raconte : « Ils arrivent en Libye, où ils sont jetés en prison, puis mis au travail à casser des pierres, enfin entassés dans des zodiacs dégonflés pour qu'ils tombent à l'eau et soient repêchés par Aquarius de SOS Méditerranée », comme on le voit dans le superbe documentaire Fuocammare de Gianfranco Rosi couronné à Berlin.

Demandeurs d'asile


L'asile est accordé en France pour raisons politique, religieuse, de sécurité et en fonction de l’orientation sexuelle si celle-ci est discriminée avec menace de mort. Il n’est pas accordé pour des raisons économiques. L’Office français de protection des étrangers et apatrides (OFPRA) statue sur la demande d’asile. Il est accordé, la personne obtient le statut de réfugié et une carte de séjour de 10 ans qui lui donne droit à la formation, au travail, au logement, aux aides sociales et à Pôle Emploi. Une carte de séjour intermédiaire peut être accordée pour 1 an seulement. Si la demande est déboutée, il existe une deuxième instance de décision par la Cour nationale du Droit d’asile.

Quand une personne demande l’asile, elle est prise en charge par une plateforme, France Terre d’Asile, qui se charge du suivi administratif. Le temps d’instruction est de 3 mois à 2 ans. Pendant l’instruction du dossier, l'accueil des demandeurs d'asile est gratuit. Dans le Var, France Terre d’Asile gère des Centres d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) : un centre d’accueil à Toulon (120 places), l’association En chemin (50 places à Hyères) et l’association Migrants Var Est de l'Union Diaconale du Var à Lorgues (80 places). Les femmes et les familles sont prioritaires en centre d'accueil, mais il n’y a pas assez de place pour les migrants isolés.

Welcome en France


Les personnes isolées qui restent sur le carreau peuvent appeler le numéro de l’hébergement d’urgence, le 115, mais les foyers y sont souvent saturés et peu sûrs. C'est pour pallier ce besoin que Jacques Perrier a fondé il y a deux ans l’antenne à Toulon et dans le Var de Welcome en France. Il existe une trentaine d'antennes en France de cette association nationale créée en région parisienne à l’initiative du Service Jésuite des Réfugiés (JSR).

Welcome en France propose un hébergement aux demandeurs d’asile isolés pendant 4 à 8 semaines : un lieu pour dormir, se laver et faire un peu de cuisine. Il s'agit généralement d'une chambre avec salle de bain et cuisine, partagées si le logement est petit, mais ce peut être aussi un logement séparé de celui de l’accueillant.

Les familles accueillantes varoises sont à 80% dans la sphère toulonnaises, de Hyères à Bandol. Elles sont presque une vingtaine à Six-Fours, Sanary, Ollioules et La Seyne, car les maisons y sont plus spacieuses qu'à Toulon. Les accueillants sont souvent des personnes de plus de cinquante ans, dont les maisons se sont vidées après le départ des enfants. Les accueillants ne donnent pas d’argent, mais aident souvent les migrants en nature quand ils le peuvent. « Il est de bon ton de leur offrir un repas par semaine et des vêtements d'occasion, mais ce n’est pas leur rôle », explique Jacques Perrier. « Mais, dès que l'on sort du discours médiatique, dès que le contact s'établit physiquement, les choses se passent très bien. »

Ouvrir son cœur


Pour accompagner au mieux les migrants dans leur famille, Jacques Perrier fait recours à des intermédiaires, les tuteurs. Ces bénévoles aident les réfugiés dans leurs démarches administratives et dans leur vie au quotidien. Ils permettent également de veiller à leur évolution psychologique. Marie-Laure réside à Six-Fours et témoigne de son engagement : « Face au battage médiatique autour des réfugiés, je me suis demandée ce que je pouvais faire, ce qui serait utile et aurait du sens. » Dans sa fonction de tuteur pour Welcome, elle est autant en lien avec les familles accueillantes qu'avec les demandeurs d'asile et dit avoir rencontré des profils et des motivations très différents. Fanny, Syrienne d'Alep, est reconnaissante aux tuteurs pour leur travail. « Les formalités en France sont compliquées et j'ai apprécié avoir quelqu'un pour m'aider à m'intégrer dans cette nouvelle vie. Je n'ai pas choisi de partir et de venir ici, mais j'essaie de m'intégrer au mieux dans ce pays qui m'a ouvert ses portes. »

Une accueillante du réseau Welcome explique avoir toujours hébergé des gens chez elle pour que ses enfants soient ouverts aux autres. Actuellement, Mohammad partage la maison de la famille. « Personne n'est à l'abri. Ce qui arrive à ces migrants peut nous arriver un jour. Il est important de ne pas être retranché dans notre confort, dans nos assurances d'Européens bien nourris et bien logés... Nous devons ouvrir les yeux de notre cœur à toutes ces histoires de migrants. »

Il y a deux ans, Jacques Perrier disposait de cinq familles accueillantes. Aujourd’hui, une cinquantaine de familles s’investit. « Contrairement à Paris où beaucoup dorment dans la rue, nous réussissons à héberger presque tout le monde, mais, pour qu’il y ait un équilibre avec des temps de respiration pour les accueillants, il faudrait pourtant le double de familles. »

L'association, l'accueillant et l'accueilli signent une convention d’accueil. L’adhésion à Welcome procure une responsabilité civile pour couvrir les risques possibles au sein de la famille d’accueil. « C’est un dispositif protecteur, mais il n’y a jamais de problème. Sur toutes les personnes accueillies depuis deux ans, j'en ai viré seulement trois pour non respect des règles. Elle n'avertissaient pas de leur absence par exemple. Quand les accueillants ne peuvent plus accueillir, c'est parce que leurs enfants reviennent ou parce qu'ils ont des problèmes de santé, jamais parce qu'ils en ont assez des migrants. » Il peut en revanche y avoir des obstacles linguistiques, d'où l'importance pour les demandeurs d'asile d'apprendre rapidement le français.

De nombreuses associations proposent des cours de français langue étrangère : le Secours Catholique, Femmes dans la cité à La Seyne, Trait d'union au Beausset, Entre autres au Pradet, Idéal à Toulon, Savoir plus à Ollioules, Ressource à La Garde… « Mais les cours collectifs ont leur limites », fait remarquer Jacques Perrier. Welcome propose donc des cours type soutien scolaire en renfort. Vingt-huit professeurs à la retraite, surtout des dames, servent de répétitrices une à deux fois par semaines en tête à tête.

Financement


Les migrants bénéficient de la CMU (Couverture Médicale Universelle) et vivent de l'Allocation pour Demandeur d'Asile (ADA) de 11€ par jour, à savoir 330€ par mois. « Pour ces personnes de culture différente et souvent cabossées, l'arrivée en France est un passage difficile. Se nourrir, se vêtir, trouver un téléphone, se déplacer … tout est difficulté », fait remarquer Jacques Perrier. Afin d'assurer le suivi de leur dossier, les demandeurs d'asile doivent être joignables. Un téléphone leur est donc indispensable. « Ils doivent également se déplacer souvent et le transport est cher, surtout depuis que Christian Estrosi a supprimé l'accès aux demandeurs d'asile de la carte ZOU ! Solidaire », regrette Jacques Perrier. Pour se rendre à l'entretien de l'OFPRA de Paris, ils peuvent emprunter les bus Macron et le Ouigo de la SNCF.

Obligés de partir


Les réfugiés, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, sont pour la plupart victimes d'extrémistes religieux. Taghreed, chrétienne chaldéenne d'Irak, n'a jamais été embêtée du temps de Saddam Hussein, mais, en 2008, son oncle l'archevêque de Mossoul Mgr Paulos Faraj Raho est assassiné par l’État islamique. Le frère de Taghreed est alors enlevé et toute la famille prise en otage chez eux. Se sachant en danger de mort, ils décident de s'enfuir. « J'ai dû tout quitter en trois jours », raconte Taghreed. Direction la Jordanie, puis Paris, invités par Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner.

En France, la famille est accueillie par l'Association d'Entraide aux Minorités d'Orient (AEMO). Monseigneur Rey l'appelle dans le Var, où elle est orientée par le CADA de Toulon dans la cité Berthe. « Nous qui étions habitués à une grande maison avons dû nous entasser un appartement beaucoup plus petit, mais le plus important était la sécurité », raconte Taghreed.

La communication est au début difficile car ils ne parlent qu'anglais ou un arabe différent de celui des Maghrébins du quartier. Ses neveux sont scolarisés dans une école publique et fréquentent des classes spéciales pour réfugiés où ils apprennent la grammaire française. « Ma nièce pleurait tous les jours car elle ne comprenait pas les lettres », se rappelle Taghreed. Les enfants perdent deux ans de leur scolarité, mais finissent par réussir grâce à leur travail acharné. L'aînée est maintenant à l'université.

Taghreed vit désormais à Six-Fours avec sa mère. Trouver un emploi a été difficile malgré son doctorat en ingénierie chimique. Elle a été contrôleuse qualité pour les savonnettes d'Alep bio pendant un an et demi à Signes, puis plus rien. Son frère vit à Toulon, sa sœur Lina est vendeuse dans une boulangerie à La Seyne et couturière. Ils disent avoir souvent rencontré de l'hostilité à cause de leur couleur de peau et de leur langue. « On nous prenait pour des immigrés. C'est moins le cas des réfugiés qui arrivent maintenant car les gens connaissent Daech et la situation en Irak. »

La Paroisse de Six-Fours a beaucoup fait pour les entourer et ils s'y sentent en famille. « C'est un bonheur pour nous car nous avons laissé la nôtre en Irak. » Taghreed aide à son tour les nouveaux réfugiés dans leurs démarches administratives car, si les Syriens parlent souvent français, ce n'est pas le cas des Irakiens. « Je suis heureuse de faire quelque chose pour les autres et fière de résoudre leurs problèmes quand je le peux. Mon salaire est l'amitié, la confiance et la solidarité. »

, le 19 avril 2017

Autres photos:

Jacques Perrier, président de Welcome en France dans le Var.
Jacques Perrier, président de Welcome en France dans le Var.