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Le 3. juillet 2014 à 14h39

Ollioules Culture Châteauvallon : les intermittents entrent en scène

Même s’ils n’envisagent pas de faire grève, les intermittents du spectacle sont néanmoins décidés à réagir contre la réforme de leur régime d’indemnisation chômage. Face au public, mercredi soir, à Châteauvallon, ils ont exposé leur point de vue et envisagé des actions pour se faire entendre.

Porte parole du syndicat français artistes CGT Alain Aparis expose son point de vue

Porte parole du syndicat français artistes CGT Alain Aparis expose son point de vue

Bien que décidé par le gouvernement, le nouveau statut d’indemnisation chômage des intermittents continue d’agiter le monde du spectacle, laissant planer une épée de Damoclès sur les festivals de la saison 2014. Le CNCDC Châteauvallon n’échappe pas à cette menace et pourrait connaître de la part des intermittents quelques mouvements d’humeur.

Ils s’en sont expliqué mercredi soir lors d’un face à face avec le public : « En l’état, nous ne pouvons pas accepter cette réforme et demandons son abrogation » lance Alain Aparis, comédien, porte-parole du syndicat français artistes CGT entouré de metteurs en scène, de techniciens, d’artistes…

Un régime créé en 1936


Mais avant tout, il retrace l’historique de ce de ces indemnisations nées en 1936 avec la création du régime salarié intermittent à employeurs multiples pour les techniciens et cadres du cinéma, la création des ANPE et des premières antennes Spectacle en 1967 et, l’année suivante, l’adoption de l’annexe 10. L’ordonnance du 13/07/67 qui prévoit l’application du régime d’assurance chômage aux entreprises du spectacle entre en vigueur à cette date. En 1969, les artistes interprètes sont intégrés au régime d’intermittent, puis les techniciens du spectacle.

L’année 1992 verra la renégociation des Annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes). Le régime d’assurance chômage (et ses annexes) est rediscuté par les partenaires sociaux tous les 3 ans. Mais ils ont la possibilité de se réunir dès que la situation l’exige. Ces renégociations sont des périodes de mobilisation de la part des intermittents. Avec quelques correctifs, notamment en 1982 puis en 1992, 1993 et 1997, le régime d’assurance chômage de l’intermittent est régulièrement reconduit par prorogation.

Quatre festivals annulés en 2003


Le 16 juillet 1992, la mobilisation des intermittents entraîne l’annulation de toutes les représentations du Festival d’Avignon. En décembre 1992 est créée la Commission Paritaire Nationale Emploi et Formation du Spectacle Vivant ainsi que la mise en place de 4 commissions de travail, et deux mois plus tard, Jack Lang et Martine Aubry présentent « 22 mesures pour améliorer les conditions de travail et d’emploi des professionnels intermittents du spectacle ».

De nouvelles négociations ont lieu les années suivantes sans jamais satisfaire personne et au cours de l’été 2003, des grèves très suivies entraînent l’annulation de quatre grands festivals d’été : Montpellier, Aix, Avignon et Francofolies.

On estime à quelque 254.000 le nombre d’intermittents du spectacle en France. En 2012, la Cour des comptes a dénoncé « la dérive financière massive » du régime particulier des intermittents qu’elle évaluait à 1 milliard d’euros par an, chiffre contesté par l’Unédic qui parle de 300 millions. Et en 2014, le Medef demande la suppression pure et simple du régime des intermittents dans le cadre plus général de l’assurance chômage. Un nouvel accord négocié qui durcit certains aspects d’un régime fortement contesté.

En clair, pour bénéficier des indemnités de chômage versées par l’Assedic, l’intermittent doit avoir travaillé 507 heures au cours des 319 derniers jours pour les artistes ou des 304 derniers jours pour les ouvriers et techniciens, soit dix mois environ.

« Nous ne sommes pas des privilégiés »


« Nous ne pouvons pas accepter cela » martèle Alain Aparis qui souligne que bon nombre d’intermittents travaillent à perte sur des périodes parfois longues et non rémunérées (répétitions, montage de projet…) « Et puis qu’on se le dise, nous ne sommes pas des privilégiés ! »

Alors quelles actions entreprendre. Là-dessus, les avis sont partagés. Faire grève quitte à faire annuler un festival ? La plupart hésitent devant une solution aussi extrême même s’ils ne l’excluent pas tout à fait. Beaucoup pensent faire grève sans pour autant empêcher le spectacle.

Pas d’annulation en vue…


« Mais nous devons agir, nous devons nous faire entendre. Nous exigeons l’abrogation de cette réforme et la remise à plat de ses annexes 8 et 10. Si nous cédons, le patronat continuera de rogner nos acquis comme il le fait depuis 1936. Nous jouons un rôle important dans l’économie, car la culture crée de la richesse, elle ramène plus d’argent que l’automobile… »

En définitive, les prochains spectacles prévus à Châteauvallon auront bien lieu. Mais en lever de rideau, les spectateurs auront peut-être droit à quelques petits mots cinglants de la part d’intermittents en colère.

F.K., le 03 juillet 2014

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